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LESS et les Samothraces Festival Cimade

La Grande Famille accueille, dans le cadre des 80 ans de l’association La Cimade et les 20 ans du festival Migrant’Scène,  à partir du 21 novembre le plasticien Eric Caligaris avec au programme :

– Projections audio en trois épisodes d’une lecture enregistrée des Samothraces de et par Nicole Caligaris accompagnées de LESS, bande son d’Eric Caligaris.
– Exposition de collages photographiques extraits de La Nuée d’Eric Caligaris, déployée dans le lieu La Grande Famille.
– Médiation et échanges avec le public.
Avec :
– l’oeuvre sonore (en écoute),
– l’oeuvre photographique (à voir),
– des livres (en démonstration et à la vente),
– des impressions numériques (à la vente).

À PROPOS
«Non, nous n’avons pas été fidèles à vos souhaits. Est-ce que c’est une faute ? […] Allez redescendez tranquille par les portes de la cale : si nous voguons, c’est votre souffle qui nous porte, nous le savons.»  (Les Samothraces de Nicole Caligaris, Le Nouvel Attila, 2016, page 37)

Dans «Résistance(s)»(*), le «s» s’écrit entre parenthèses et en minuscule. C’est une place à part que ce «s» occupe : attribut silencieux rattaché à une idée de collectif, contenu, minoré mais que l’on ne peut s’empêcher de remarquer. Dans Les Samothraces, récit de Nicole Caligaris, deux femmes sur trois portent aussi un prénom qui commence par la lettre «s», sifflant leur caractère trempé devant un destin de migrant plus qu’incertain. Ç’aurait pu n’être qu’une parabole sans les échos avec la réalité qui ont fait de ce texte autre chose qu’une fiction.Comment ne pas penser que ce «s» pluriel et silencieux est aussi celui d’une chaîne de personnes, d’intelligences et de pouvoirs, en équilibre, qui est censée contrebalancer (un temps) nos défaillances démocratiques ? Il y a peut-être derrière ces entreprises illicites l’appartenance tacite à une sorte de «grande famille» ; belle idée mais dont les contours demeurent toujours flous. Auteure exigente, Nicole Caligaris porte à bout de bras une forge littéraire dans laquelle elle m’a convié à venir souffler quelques braises avec des « Troubles » au verso de son texte. Lors de sa première édition, j’étais loin d’imaginer pareilles conséquences du durcissement des enjeux migratoires.Habitant d’une Europe en prise avec une volonté de cadenassage qui la dépasse, j’ai essayé de porter mon regard par dessus l’épaule de ceux qui témoignent de l’état des rivages théâtres sauvages des conjuguaisons de forces, de drames, d’horreurs et d’inepties. J’ai pris, moi aussi, ce qu’il m’était donné d’attraper depuis la fenêtre de mon écran pour observer et écouter comment femmes, enfants, hommes, corps, morceaux d’infrastructures, opinions et antagonismes me parviennent par vagues successives comme des flux, tendus et impossibles.
(*) «Résistance(s)» : le thème du festival Migrant’scene 2019.